« Recommande à l’Éternel tes œuvres,
et tes projets réussiront. »
Au début de l’été, nous avions réfléchi dans ces pages à l’importance du repos, ce don de Dieu qui nous rappelle que nous ne sommes pas indispensables à son œuvre et que notre valeur ne dépend pas de notre capacité à produire ou à agir.
Avec la fin des vacances scolaires, nos communautés vont progressivement reprendre leurs activités habituelles, tout en y apportant peut-être quelques ajustements, de nouvelles initiatives ou des innovations. Comme chaque année, une question taraude sans doute l’esprit du conseil presbytéral et de toutes celles et ceux qui participent à la préparation de cette rentrée : comment faire pour que nos projets réussissent ?
En réalité, derrière cette première question s’en cache une autre, plus importante encore : comment discerner si nos projets correspondent réellement à la volonté de Dieu pour notre Église ?
Car nous pouvons facilement confondre deux choses : une Église qui porte du fruit et une Église qui multiplie les activités ; une communauté vivante et une communauté simplement très occupée ; la fidélité à l’appel de Dieu et la recherche de performances qui nous permettraient de nous convaincre — ou de convaincre les autres — que nous sommes une Église dynamique.
Le verset du livre des Proverbes que nous avons choisi nous exhorte à autre chose : « Recommande à l’Éternel tes œuvres, et tes projets réussiront. »
Le verbe « recommander » ici ne signifie pas demander à Dieu de bénir après coup ce que nous avons déjà décidé. Il s’agit plutôt de remettre notre œuvre à Dieu, de la placer devant lui, de reconnaître que nous ne sommes pas les propriétaires de l’Église et que nos projets ne trouvent leur véritable sens que s’ils sont soumis à sa volonté.
D’ailleurs le même chapitre des Proverbes nous rappelle quelques versets plus loin ceci :
« Le cœur de l’homme médite sa voie, mais c’est l’Éternel qui dirige ses pas. » Proverbes 16,9
Autrement dit, nous avons à réfléchir, à organiser, à prévoir, à prendre des décisions, car Dieu ne nous demande pas de renoncer à notre intelligence ni à notre responsabilité. Mais il nous rappelle que prévoir n’est pas maîtriser, et qu’un projet humain ne devient pas automatiquement un projet de Dieu parce qu’il est bien construit.
Dans le même sens, le Seigneur nous invite à cette lucidité qui consiste à s’assurer qu’on a de quoi aller au bout d’un projet. Il prend l’image de l’homme qui veut bâtir une tour : avant de commencer, il s’assoit et « calcule la dépense » (Luc 14,28). La foi chrétienne n’est donc pas l’improvisation permanente. Elle associe prière, discernement, réflexion et responsabilité. Mais elle refuse également de faire de nos plans une fin en soi.
La réussite selon Dieu n’est pas la performance:
Le mot « réussir » dans Proverbes 16,3 pourrait facilement nous conduire à une interprétation très contemporaine du texte du genre : « si nous remettons nos projets à Dieu, alors ils vont fonctionner, les activités seront bien fréquentées, les finances seront équilibrées, de nouvelles personnes arriveront, les projets aboutiront et nous pourrons constater que « ça marche ». Ce serait pourtant une lecture trop rapide.
Dans la Bible, la fidélité à Dieu ne se mesure pas simplement aux résultats visibles. Le ministère de Jésus lui-même nous met en garde d’une conception purement quantitative de la réussite. Il a connu l’incompréhension, le rejet, l’abandon de certains disciples et, finalement, la croix. Et pourtant, c’est précisément dans ce qui semblait être un échec que Dieu accomplissait son œuvre de salut.
Pour réussir, nous devons rester attaché au Seigneur comme il nous le dit lui-même en Jean 15, 4-5 : « Demeurez en moi, et je demeurerai en vous. (…) Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruit. »
Le fruit chrétien n’est pas le produit d’une agitation permanente. Il naît d’une relation vivante avec le Christ.
C’est aussi pourquoi la rentrée de notre Église ne devrait pas seulement être une rentrée « d’activités ». Elle devrait être une rentrée spirituelle, une nouvelle occasion de revenir à Celui qui nous appelle, nous rassemble, nous équipe et nous envoie.
Discerner ensemble la volonté de Dieu:
Avant le répit des mois de juillet et août, le conseil presbytéral s’est réuni pour prier et essayer de se projeter dans un programme d’activités pour 2026-2027.
Ce travail est important. Il faut établir un calendrier, répartir les responsabilités, anticiper les besoins, communiquer, organiser. Mais le travail du conseil presbytéral ne consiste pas seulement à administrer efficacement notre communauté ou à gérer un calendrier.
Il s’agit de chercher ensemble ce que Dieu veut faire de son Église, ici à Saint-Nazaire, et à ce moment précis. Cela s’appelle “discerner’’ la volonté de Dieu.
Et à propos, l’apôtre Paul écrit ceci en Romains 12, 2: « Ne vous conformez pas au siècle présent, mais soyez transformés par le renouvellement de l’intelligence, afin que vous discerniez quelle est la volonté de Dieu : ce qui est bon, agréable et parfait. »
Le discernement suppose la prière, mais aussi l’écoute : écoute des Écritures, de la communauté, des personnes que nous rencontrons et des réalités de notre territoire.
La question n’est donc pas seulement : Quelles activités allons-nous proposer cette année ?
Mais aussi :
« Qui sont les personnes que Dieu place sur notre chemin ? »
« Quelles réalités de notre ville pouvons-nous rejoindre ? »
« Comment notre présence chrétienne peut-elle être une bonne nouvelle pour notre territoire ? »
Alors, que signifie « recommander à l’Éternel nos œuvres » en cette rentrée ?
C’est faire des projets sans nous y accrocher.
C’est travailler sérieusement sans confondre travail et fidélité.
C’est chercher la fécondité sans la réduire à des chiffres.
C’est accueillir de nouvelles personnes, sans oublier celles qui sont déjà fragiles parmi nous.
C’est annoncer l’Évangile, mais en commençant par l’écouter et le vivre.
C’est préparer l’avenir tout en acceptant de ne pas le maîtriser.
Le tout en nous souvenant de cette parole de Jésus en Jean 15, 5 : « Sans moi, vous ne pouvez rien faire. »Car, nous n’avons ni à sauver notre Église, ni à fabriquer son avenir, ni à prouver sa vitalité.
Nous avons à demeurer dans le Christ, à écouter sa Parole, à nous aimer les uns les autres, à servir notre prochain et à témoigner de l’espérance qui nous est donnée.
Alors, oui, préparons cette nouvelle année avec sérieux et enthousiasme.
Que nos réunions soient utiles, que nos calendriers soient bien remplis lorsque cela est nécessaire, que nos projets soient audacieux lorsqu’ils doivent l’être.
Mais surtout, que nous puissions dire avec confiance :
Seigneur, voici nos projets. Nous te les remettons.
Montre-nous ceux que tu veux faire vivre.
Donne-nous le courage d’abandonner ceux qui ne viennent pas de toi.
Donne-nous la patience lorsque les fruits tardent à venir.
Et apprends-nous à reconnaître ton œuvre, même lorsqu’elle ne ressemble pas à ce que nous avions imaginé. Amen!
Cela dit, rendons-nous disponibles et disposés entre les mains de Dieu pour qu’il fasse de nous des instruments à son service pour le témoignage de l’Évangile et l’avénement de son Royaume.
Bonne rentrée et bonne lecture à toutes et tous.
Dieu vous bénisse.
Pasteur Patrice FONDJA NOUNDOU
En savoir plus sur Église Protestante Unie de Saint-Nazaire et Littoral
Abonnez-vous pour recevoir les derniers articles par e-mail.
