LE REPOS, UN DON QUI VIENT DE DIEU

« 28 Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et chargés, et je vous donnerai du repos. 29 Prenez mon joug sur vous et recevez mes instructions, car je suis doux et humble de cœur; et vous trouverez du repos pour vos âmes. 30 Car mon joug est doux, et mon fardeau léger. »
Matthieu 11.28-30

L’arrivée de l’été ouvre pour beaucoup un temps de ralentissement. Les agendas se desserrent, les déplacements se font plus libres, les familles se retrouvent. Cette période estivale nous rappelle combien le repos est nécessaire à notre équilibre. Pourtant, la Bible nous invite à découvrir que le repos est bien plus qu’une simple nécessité physique ou psychologique : il est un don de Dieu, inscrit au cœur même de son projet pour l’humanité.

Dès les premières pages de l’Écriture, le repos apparaît comme une réalité profondément spirituelle. Dans le récit de la création, Dieu crée le monde en six jours et « se repose » le septième (Genèse 2.2-3). Bien sûr, Dieu ne se repose pas parce qu’il serait fatigué. Ce repos exprime l’achèvement de son œuvre, sa contemplation et sa joie devant la création. En bénissant le septième jour, Dieu offre à l’être humain un rythme de vie où le travail n’occupe pas toute la place. Dès l’origine, l’homme et la femme sont appelés à vivre dans l’alternance entre l’action et le repos, entre l’engagement et la contemplation.

Cette perspective biblique est particulièrement importante aujourd’hui. Notre société valorise l’activité permanente, l’efficacité, la performance et parfois même la surcharge comme signe de réussite. Le risque est alors de croire que notre valeur dépend de ce que nous accomplissons. Or la Bible affirme exactement l’inverse : notre valeur repose sur le fait que nous sommes créés et aimés par Dieu. Le repos devient ainsi un acte de confiance. Il consiste à accepter que le monde continue d’exister sans nous, que tout ne dépend pas de nos efforts, et que nous pouvons remettre nos préoccupations entre les mains du Seigneur.

Cette confiance est au cœur de l’expérience du peuple d’Israël. Après des siècles d’esclavage en Égypte, Dieu conduit son peuple vers la liberté. Le commandement du sabbat prend alors une signification particulière : il rappelle aux Hébreux qu’ils ne sont plus esclaves. Un esclave ne s’appartient pas ; il travaille sans cesse pour un autre. Le sabbat, au contraire, proclame que l’être humain appartient à Dieu seul. Chaque semaine, Israël apprend à s’arrêter pour se souvenir de la libération reçue et pour vivre dans la gratitude.

Mais l’Ancien Testament va encore plus loin. Le repos devient l’image de la terre promise, ce lieu où Dieu conduit son peuple après les épreuves du désert. Entrer dans le repos de Dieu, c’est entrer dans la communion avec lui, dans la paix qu’il donne, dans la sécurité de sa présence. Les prophètes rappelleront sans cesse que ce repos n’est pas seulement géographique ou matériel ; il est avant tout spirituel : « C’est dans la conversion et le repos que sera votre salut, c’est dans le calme et la confiance que sera votre force » (Ésaïe 30.15).

Lorsque Jésus prononce les paroles rapportées par Matthieu, il s’inscrit dans toute cette tradition biblique. Les hommes et les femmes qui l’entourent sont souvent écrasés par les difficultés de la vie, mais aussi par une religion devenue parfois lourde de prescriptions et d’obligations. Jésus ne propose pas une charge supplémentaire. Il appelle à une relation nouvelle avec Dieu fondée sur la grâce.

« Venez à moi. » L’invitation est personnelle. Le repos que Jésus offre ne consiste pas d’abord à supprimer les responsabilités ou les épreuves. Il consiste à les vivre avec lui. Le Christ ne dit pas : « Je vais enlever tout fardeau », mais : « Prenez mon joug sur vous. » À première vue, l’image peut surprendre. Pourquoi parler d’un joug alors qu’il est question de repos ?

Dans le monde agricole, le joug relie deux animaux afin qu’ils avancent ensemble. L’image suggère ici que le croyant n’avance plus seul. Le Christ porte avec lui ce qui semblait insupportable. Son joug est « doux » non parce que la vie devient facile, mais parce qu’elle est désormais vécue dans la communion avec celui qui est « doux et humble de cœur ». Le repos chrétien n’est donc pas l’absence de lutte ; il est la présence du Christ au cœur même de nos combats.

C’est pourquoi Jésus parle d’un « repos pour vos âmes ». Cette expression désigne quelque chose de plus profond que la détente ou la récupération physique. Elle évoque une paix intérieure, une réconciliation avec Dieu, avec soi-même et avec les autres. Comme l’écrivait Saint Augustin au début de ses Confessions : « Tu nous as faits pour toi, Seigneur, et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il repose en toi » (Confessions, I,1). Ces paroles rejoignent profondément l’invitation de Jésus citée plus haut. 

Force est de constater que derrière nos fatigues se cache souvent une quête de sens, de reconnaissance ou de sécurité. Jésus révèle que le repos véritable naît de la confiance en Dieu.

L’été peut ainsi devenir une occasion de redécouvrir cette dimension essentielle de notre foi. Les vacances, les promenades, les rencontres ou les moments de solitude peuvent être vécus comme des espaces où Dieu nous rejoint. Prendre le temps d’ouvrir la Bible, de prier, de contempler la création ou simplement de demeurer dans le silence permet parfois d’entendre à nouveau cette invitation du Christ.

Le repos offert par Dieu n’est pas une parenthèse qui s’achève à la rentrée. Il est une manière de vivre. Chaque jour, nous sommes appelés à déposer nos inquiétudes devant le Seigneur, à recevoir sa grâce plutôt qu’à compter uniquement sur nos propres forces. Le repos devient alors une expression de la foi : croire que Dieu agit même lorsque nous cessons d’agir, croire que son amour nous précède et nous accompagne, croire enfin que notre avenir est entre ses mains.

En cette période estivale, que chacun puisse accueillir ce don précieux. Que le Seigneur renouvelle nos forces, apaise nos cœurs et nous conduise vers ce repos profond qu’aucune circonstance extérieure ne peut enlever. Car le véritable repos est celui qui naît de la présence de Dieu et de la confiance placée en Jésus-Christ.

Et comme le dit si bien Gilles BOUCOMONT dans son ouvrage Aux Nom de Jésus, Mener le bon combat en page 18: « Le repos que nous trouvons auprès du Christ ne ressemble pas au cliché qui nourrit nos fantasmes: sous un hamac à l’ombre des cocotiers. C’est en prenant un joug sur nos épaules que nous trouvons du repos! C’est en se mettant au travail, en recevant sur nous un fardeau supplémentaire, en étant associés à la traction que le Christ opère en labourant le monde, que nous trouvons un repos réel. Même s’il est doux, c’est un joug. »

Bel été à toutes et à tous, sous la grâce et la paix de notre Seigneur.

Pasteur Patrice FONDJA NOUNDOU


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